Frédéric Larrey
Depuis une vingtaine d’années, mon travail de photographe et de cadreur-réalisateur m’a permis de documenter des exemples de cohabitation entre l’homme et la grande faune sur différents continents. Chaque contexte bien qu’unique tend à raconter une histoire qui ressemble aux autres, celle d’un partage du territoire, d’un écosystème bien fonctionnel, de relations entre homme et faune sauvage qui cherchent un point de compromis.
Ces témoignages m’ont poussé à travailler sur la mégafaune européenne à laquelle je consacre un nouveau reportage, avec cette volonté de comprendre les recettes qui marchent. La cohabitation avec la faune pourrait paraître particulièrement difficile en Europe, qui est souvent perçue comme moins riche biologiquement que les autres continents. Pourtant, la France et ses voisins possèdent d’excellents atouts.
J’ai d’abord cherché à comprendre quelles étaient les espèces européennes de grands mammifères. En plus des trente espèces actuelles, vingt se sont éteintes depuis l’arrivée de notre espèce humaine. Mon travail consiste à mener une enquête de terrain pour faire un état actuel de la grande faune d’Europe. Prospecter dans les zones les plus sauvages, pour observer les lynx ibériques, les bisons et les loups de Pologne, les chevaux de Przewalski d’Espagne, les rennes et gloutons de Finlande.
Nous partons à la rencontre d’hommes et de femmes qui œuvrent à des actions de réensauvagement partout en Europe.
Enfin, nous irons rechercher les dernières représentant d’une faune qui a peuplé notre territoire jusqu’en France il y a moins de 10 000 ans, tel le léopard qui vit encore dans l’Est du continent, entre Géorgie et Arménie. Un travail de mémoire pour se rappeler ce qu’est la faune européenne.
Ce reportage est un trait d’union entre nos origines depuis l’arrivée de sapiens, notre présent sur un continent qui redevient sauvage, et le futur qui offrira des écosystèmes plus arides dont la faune évoluera en conséquence.
Enfin, un hommage est aussi rendu à la grande faune française et européenne réhabilitée pour notre plus grand plaisir, pour notre bien-être, elle qui cherche depuis des dizaines de milliers d’années à retrouver sa place sur l’ensemble de son habitat d’antan, notre territoire commun. Sa force nous inspire, nous nourrit, nous émeut.
Photographe depuis près de 25 ans, Frédéric a fondé l’association Regard du Vivant en 2001, et directeur de la société de production Les Films du Vivant.
Ses photographies ont été récompensées au concours international BBC Wildlife Photographer of The Year en 2003 et en 2008. Elles sont régulièrement exposées et ses reportages sont publiés aux éditions Regard du Vivant.
Ses photographies de panthère des neiges sont publiées dans les magazines National Geographic US, Geo, Terre sauvage, Grands reportages, Ça M’intéresse.
Frédéric est ambassadeur Leica depuis 15 ans, il est un proche collaborateur du Conservatoire du littoral. Il travaille en tant que journaliste caméraman pour TF1 en 2023.
Yves Fagniart
Passionné du monde animal depuis mon enfance, j’ai eu la chance et l’audace d’en faire mon métier en tant que peintre animalier. Mes peintures étant depuis plusieurs années le résultat direct de mes observations sur le terrain, la rencontre avec l’animal est l’essence et la base de ma démarche. Au fil des années d’expériences d’immersion totale dans des milieux naturels sauvages et préservés, j’ai pris conscience que les animaux ont leur propre culture et que cette diversité de modes de vies, de ressources, peut être un formidable enrichissement pour notre humanité. Les humains ont toujours représenté le monde qui les entoure. Cela demande d’entrer en intimité avec l’animal, ses qualités, son énergie particulière puis, avec pinceaux et pigments naturels, traduire sur la pierre, le papier, la toile, l’alchimie entre le sauvage que j’observe, le sauvage en moi et l’émotion qu’elle suscite. L’art pariétal (peinture rupestre) m’a toujours impressionné de par sa taille, sa situation souterraine, évoquant que, dans nos profondeurs, subsiste ce lien avec le sauvage, qui est si essentiel, si profond, que notre humanité l’a toujours représenté ( cf Lascaux, Chauvet, etc…). Ce projet m’honore et m’enthousiasme au plus haut point.
Jean-Baptiste Pouchain
Journaliste professionnel depuis 13 ans, j’ai contracté une passion pour les problématiques environnementales en parcourant les écosystèmes de la planète, de la forêt amazonienne aux récifs coralliens d’Indonésie, en passant par les massifs de mes Baronnies Provençales. Je publie régulièrement dans des magazines comme Terre Sauvage ou Géo, et travaille également comme enquêteur et scénariste sur divers documentaires animaliers. J’ai récemment co-publié mon premier livre, Histoire(s) d’aider les animaux, sur la cohabitation avec la faune sauvage de proximité. Lorsque Frédéric Larrey, avec qui j’avais déjà publié plusieurs articles sur le réensauvagement, m’a proposé de l’accompagner dans une aventure au long cours afin de documenter plus largement cette thématiques, cela a été une évidence : ce sujet, très contemporain et d’une richesse inépuisable, cristallise de nombreuses interrogations quant au type de nature – et de relation à la nature – que nous souhaitons désormais avoir en Europe. Avec une conviction personnelle et profonde : le réensauvagement devrait avant tout caractériser un état d’esprit global, une volonté d’alléger les pressions qui s’exercent sur le vivant et de lui redonner son espace d’expression, que ce soit dans les milieux sauvages ou anthropisés.